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Art & Culture Blog

Supercalifragilisticexpialidocious, Happy birthday Fondation Cartier ! La Fondation Cartier fête ses 30 ans

COL-BYA-0302 

James Lee Byars, The Monument to Language , 1995 © Estate of James Lee Byars Photo © Florian Kleinefenn

    Ce lieu, déjà… Pourquoi un lieu est-il hostile, complice, ami, accueillant, regardant, méprisant ? D’abord le quartier : de ce côté du 14e arrondissement, il n’y a pas d’autre institution culturelle. Et d’ailleurs la Fondation Cartier n’est pas une institution. Ou plutôt, elle a extrait le meilleur de ce que peut être une institution, en évacuant son caractère figé, castrateur, poussiéreux pour n’en retenir que les attributs positifs : faire des choix courageux, soutenir ce que l’on ne soutient pas ailleurs, avoir une stature solide sur laquelle de plus fragiles peuvent s’appuyer et grandir, tenir une ligne exigeante… Si je n’ai pas vu l’intégralité des expositions, j’en ai vu beaucoup. Si bien entendu, certaines m’ont plus marqué que d’autres, et figurent à mon panthéon personnel (comme Fragilisme ou Histoires de voir, Tadanori Yoko…), j’ai toujours trouvé le propos intéressant, l’artiste ou la thématique (des mathématiques aux indiens Yanomami quand même !) stimulant toujours la réflexion et les sens. Le bâtiment tout en en transparence de Jean Nouvel (1994) n’a pas pris une ride. Il est indissociable du jardin, le Theatrum Botanicum, de l’artiste Lothar Baumgarten, savamment désorganisé, intensément sauvage et délicat à la fois. Composé d’herbes folles, de violettes sauvages, de muguet, de romarin, d’orties, d’espèces spontanées, il préserve l’air de rien tout un écosystème très riche et divers. Même les pipistrelles – une espèce de chauves-souris- l’affectionnent (1). Le jardin emprunte son nom aux livres dans lesquels les moines inventoriaient les plantes médicinales et aromatiques au Moyen Âge. Pour moi, il fait à chaque fois partie intégrante de la visite. Assis sur les marches, au bord de ce cercle qui figure une chambre de méditation, on regarde à nouveau, avec une autre distance et perspective, les œuvres derrière les vitres, leurs reflets… Bref, la Fondation fête ses 30 ans… Des constructions insensées de Sarah Sze à la haute poésie de Patti Smith, des pensées dessins de David Lynch aux coloriages extravagants de Takeshi Kitano, des toiles acerbes et joyeuses de Cheri Samba à la malice radicale de Vincent Baurin, des motifs euphorisants de Beatriz Milhazes à l’hypersensibilité des artistes autodidactes d’Histoires de voir……comment parler de tous ces artistes, de ce qui les relie à ce lieu (puisque d’ailleurs ils y retournent, pour d’autres rendez-vous au fil des années) ? Comment expliquer comment plus encore que dans un autre lieu d’art, je réalise après chaque exposition combien l’art est un signal, une possibilité de penser le monde autrement, de penser le vivant autrement, de tout simplement penser… en interrogeant les lignes, en chahutant les certitudes? Je ferai donc simplement un arrêt sur image sur la carte du fragilisme d’Alessandro Mendini, « dessin à lire, autant que texte à regarder » réalisé pour l’exposition du même nom en 2002.

30 ans Fondation Cartier pour l'art contemporain Photo : Thomas Salva / Lumento

Le designer, penseur, artiste y jette des mots, propose des points d’ancrage, des vrais repères, les seuls qui vaillent, dans les terrains de l’art et de la création, des terrains vagues et fragiles, ou tout est possible, en métamorphose, en mouvement…

« peut-être l’essentiel se trouve t-il dans le regard des personnes ? » « getting lost » « les petites choses sont grandes » « réalité du rêve » « la recherche infinie de soi-même, des autres » «  des âmes qui volent à côté de l’avion »

Pour parfaire son propos, le mur où est placé la carte du fragilisme accueille en superposition des dessins d’artistes autodidactes rencontrés au Paraguay . Oui, décidément, pour la visiteuse des lieux d’art que je suis, la Fondation Cartier est un de mes terrains de jeu favoris, One of my « favorite playground » pour reprendre le titre d’une œuvre de Shirley Jaffe. Quant à Supercalifragilisticexpialidocious, c’est le titre de la chanson de Mary Poppins (1964). Selon Wikipedia, « la chanson raconte que ce mot a le pouvoir de sortir les gens d’une situation difficile et même de changer leur vie ; il se prononce quand on ne sait pas quoi dire. » Cette chanson apparaît au moment où Mary Poppins vient de gagner une course de chevaux. Un journaliste affirme qu’il y a probablement peu de mots exprimant une telle émotion ; elle rétorque que si et prononce ce mot…Supercalifragilisticexpialidocious Fondation Cartier, donc.    L.S

(1) Une étude menée par le Muséum national d’Histoire naturelle de Paris a détecté une surprenante abondance d’ultrasons identifiant la forte présence de chauve-souris.   Pour consulter le programme évolutif de l’exposition et ses rendez-vous www.fondation.cartier.com « Mémoires vives », jusqu’au 21 septembre 2014

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One comment on “Supercalifragilisticexpialidocious, Happy birthday Fondation Cartier ! La Fondation Cartier fête ses 30 ans

  1. L'Ébouriffée
    June 24, 2014

    Chère Magic Digest, merci pour cet article ! Je partage votre goût pour cette Fondation, ses expos, son jardin… et ce mot merveilleux. 😉

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This entry was posted on June 24, 2014 by in Chroniques, Uncategorized and tagged , , .

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